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PARIS | INSTITUT DE FRANCE

Le Musée d'hier à aujourd'hui

1833 Naissance d’Edouard André

La famille André, originaire du Vivarais, était l’une des grandes familles protestantes qui s’est établie dans plusieurs villes françaises et étrangères (Nîmes, Gênes, Genève…) puis à Paris. Au début du XIXème siècle, Dominique André, grand-père d’Edouard, voit ses affaires à Gênes s’effondrer. Il est contraint de s’établir à Paris, alors le cœur des affaires européennes. En 1808, il s’associe à François Cottier qui le secondera habilement dans les affaires de la banque André. Les deux associés jugent bon de resserrer les liens qui les unissent par un mariage : celui de Ernest André, troisième fils de Dominique et Louise Mathilde Cottier, fille de François. Edouard est le seul enfant né de cette union. Il héritera ainsi de deux des plus grosses fortunes de l’époque.

1860 Début de la collection d'Edouard André

Edouard André débute sa collection avec ce que l’on nommait, à l’époque, des « bimbelots », c’est-à-dire des pièces charmantes d’orfèvrerie, de joaillerie, de céramique, des miniatures et des tapisseries. Il acquiert également des peintures de son époque : paysages et scènes de genre peintes par Delacroix ou par des peintres orientalistes et des paysagistes de l’école de Barbizon.

1860 Les agrandissements de Paris

Le village de Monceau est, comme de nombreuses communes limitrophes de Paris, annexé à la ville. Cette annexion s’intègre dans un vaste plan d’urbanisme dont la réalisation est confiée, par Napoléon III, au préfet Haussmann qui modifie profondément la physionomie de Paris : de nombreux quartiers anciens sont détruits, des axes rectilignes tracés de la périphérie vers le centre. C’est dans le quartier de la plaine Monceau que l’aristocratie impériale trouve son terrain d’élection et se fait construire des hôtels particuliers qui s’offrent avec ostentation au regard des passants. Zola écrit dans son roman La Curée : « c’est un étalage, une profusion, un écrasement de richesses ».

1867 Edouard André à l’Exposition Universelle

En tant que collectionneur et amateur d’art, Edouard André est sollicité par Napoléon III pour participer à l’Exposition Universelle de 1867, comme organisateur et prêteur dans la section des Beaux-Arts. Il obtient une médaille pour cette contribution.

1869 Début de la construction de l’hôtel particulier

Sur le boulevard Haussmann tout nouvellement tracé, Edouard André achète un terrain pour se faire bâtir un hôtel. Il en confie le projet à Henri Parent, un spécialiste de l’architecture traditionnelle qui réalise, de 1869 à 1876, une vaste et belle construction très inspirée des modèles classiques par son plan parfaitement symétrique et par le décor de ses façades.  Henri Parent, écarté de la construction du nouvel Opéra au profit de son confrère Charles Garnier, va se surpasser dans la conception et la construction de cet hôtel particulier. La construction est élevée sur un terrassement et en retrait de l'alignement des façades du boulevard haussmannien, créant ainsi une rupture qui attire l’attention des passants.

1872 Rencontre d’Edouard André et Nélie Jacquemart

Édouard André décide de faire exécuter son portrait et fait alors appel à une jeune artiste déjà connue qui a une réputation de portraitiste à succès, depuis que des personnalités comme Duruy ou Thiers sont passées par son atelier. Elle s’appelle Nélie Jacquemart.

Nélie Jacquemart est née dans une famille modeste, le 25 juillet 1841. Elle a suivi le parcours classique des jeunes artistes à cette époque : passage dans un atelier réputé, envois au Salon de sujets d’Histoire puis réception des premières commandes. Elle réalise l’un de ses premiers portraits en 1868, celui de la fille d’un grand éditeur parisien.    

1876 Inauguration de l’hôtel particulier

L’inauguration de la demeure fait l’objet d’un article dans L’Illustration et les invités saluent ce monument comme ils saluèrent le foyer de l’Opéra. «  Il est impossible de trouver un plus admirable cadre. Il y avait là toutes les célébrités de la mode et de l’élégance [...] Elles brillaient toutes d’un même éclat. [...] Rien ne manquait d’ailleurs pour faire du bal de M. André une de ces fêtes à sensation, dont les magnificences font époque. Les murs des deux pièces d’entrée, le vestiaire et le vestibule disparaissaient sous une tenture odorante de violettes et de camélias. Les dorures du double salon de danse ruisselaient, étincelantes sous les feux de mille bougies. »

1881 Mariage d’Edouard André et de Nélie Jacquemart

Leur mariage est un mariage de raison, conclu entre deux êtres très différents, lui le protestant bonapartiste, elle la catholique vivant dans un milieu royaliste. Leur union se révèle très réussie et leur communauté d'esprit et de goûts fait de leurs treize années de vie commune, des années de bonheur. Restés sans enfants, ils se consacrent entièrement à leur œuvre commune : cette collection d’art. Ce mariage sera décisif pour la création du musée. En effet elle adhère pleinement aux projets de son mari et préside d’une main ferme la mise en place des collections.

1882 Début des voyages de Nélie et Edouard

Un an après leur mariage, Nélie décide son mari à l’accompagner dans une série de voyages à travers l’Italie. Voyages d'agrément ou séjours de cure, c’est toujours l’occasion de visites dans les salles de vente et chez les antiquaires. Ils font également plusieurs voyages au Proche-Orient. Les absences du couple sont mises à profit pour faire exécuter à Paris des travaux d'aménagement et d'embellissement. Il faut, en effet, installer les œuvres qu’ils ne cessent d'acheter et pas seulement les peintures ou les sculptures que l'on déplace facilement. Il y a aussi des boiseries, des cheminées, des tapisseries, des fresques et des plafonds.

1887 Edouard revend une partie de sa collection

Edouard André revend une partie de sa collection au profit d’un œuvre de bienfaisance. Mais il avait aussi des tableaux anciens qu’il conserve : le Portique vénitien de Guardi par exemple, un portrait de Rembrandt ainsi que des peintures françaises du XVIIIème siècle.

1893 Décès d’Edouard André

Edouard André s’éteint à l’âge de 60 ans, laissant sa femme désemparée. Elle se retrouve seule et accusée de détournement d’héritage. En effet, les cousins d’Edouard avaient pris soin, au moment du mariage de celui-ci, de préparer un contrat « sous séparation de biens » ne laissant à Nélie qu’une dot importante. Elle était née pauvre et les cousins d’Edouard voulaient s’assurer de récupérer la fortune familiale en cas de mort prématurée de ce dernier. Mais, peu avant sa mort, Edouard fait rédiger un testament en toute légalité, léguant l’ensemble de ses biens à sa femme. S’en suit un procès qui oppose les cousins d’Edouard à Nélie. Cette dernière obtient gain de cause. 

1902 Nélie entreprend un tour du monde

Seule, elle continue inlassablement d’enrichir les collections. Elle entreprend l’une des entreprises les plus audacieuses de sa vie : un tour du monde. Elle se rend jusqu’en Indes où elle se lie d’amitié avec les maharajahs. La suite devait l’amener en Chine puis au Japon mais un télégramme, lui apprenant la mise en vente de Chaalis, va interrompre son voyage. Elle rentre immédiatement en France pour l’acquérir.

1912 Décès de Nélie Jacquemart

Après le décès de Nélie, l’hôtel particulier devient propriété de l’Institut de France, par un legs fait par sa propriétaire quelques mois plus tôt. Dans son testament, elle affirme son souci d’ouvrir les collections au plus large public pour enseigner à la foule des visiteurs, et pas seulement au cercle des experts. Dotée d’un grand sens pratique, Nélie Jacquemart a pensé à tous les détails, allant jusqu’à stipuler dans son testament à la fois les conditions d’ouverture du Musée et l’endroit précis où elle voulait que les œuvres soient. Consciente de la valeur de son projet et de l’originalité de son accrochage, elle demande à l’Institut de France, son légataire, de respecter ses aménagements.

1913 Ouverture du Musée Jacquemart-André

Le 8 décembre, le musée est inauguré en grande pompe par le président de la République en personne, Raymond Poincaré. Le succès est immédiatement au rendez-vous, à l’image de la renommée des époux André. On compte 800 visiteurs le lendemain, 1700 le dimanche suivant. En vue de cette ouverture, l’Institut de France avait nommé un conservateur, Émile Bertaux, qui avait en charge la conception du catalogue et les aménagements nécessaires à l’accès du public.

1996 Culturespaces, délégataire du Musée

Culturespaces est chargé de valoriser et animer le patrimoine du Musée qui ouvre ses portes la même année. La société organise tous les ans deux grandes expositions temporaires : Fragonard, les plaisirs d’un siècle (2007), Van Dyck (2008), Dans l’intimité des Frères Caillebotte (2011), Fra Angelico (2011), Canaletto-Guardi (2012) Eugène Boudin (2013), Désirs et volupté à l’époque victorienne (2013), Le Pérugin, maître de Raphaël (2014)...