Le saviez-vous ?

Les originalités de la construction de l'hôtel particulier

La construction a été élevée sur un terrassement et en retrait de l'alignement des façades du boulevard hausmannien, créant ainsi une rupture qui attire l’attention des passants.
L’autre particularité intéressante est l’accès à l’hôtel. Le visiteur doit emprunter une rampe en partie couverte qui s’élève progressivement en arc de cercle. Comme vous l’avez fait ou le ferez vous-même, il découvre alors avec surprise la façade de la cour d’honneur. La calèche qui l’a amené peut redescendre de l’autre côté par un chemin symétrique. Pas d’embouteillage donc, les soirs de réception !

 

L'inauguration de l'Hôtel André

A l’occasion de l’inauguration de l’Hôtel André, en 1876, un article de la revue L'Illustration rapporte : «  les éblouissements du bal féerique de M. André. Il est impossible de trouver un plus admirable cadre. Il y avait là toutes les célébrités de la mode et de l’élégance [...] Elles brillaient toutes d’un même éclat. »
« Rien ne manquait d’ailleurs pour faire du bal de M. André une de ces fêtes à sensation, dont les magnificences font époque. Les murs des deux pièces d’entrée, le vestiaire et le vestibule disparaissaient sous une tenture odorante de violettes et de camélias. Les dorures du double salon de danse ruisselaient, étincelantes sous les feux de mille bougies. »

 

Édouard André et Napoléon III

En tant que collectionneur et amateur d’art, Edouard André avait été sollicité par Napoléon III pour participer à l’Exposition Universelle de 1867, comme organisateur et prêteur dans la section des Beaux-Arts. Il avait obtenu une médaille pour cette contribution.

 

La rencontre du couple Jacquemart-André

En 1872, Édouard André décide de faire exécuter son portrait et fait alors appel à une jeune artiste déjà connue qui a une réputation de portraitiste à succès, depuis que des personnalités comme Duruy ou Thiers sont passées par son atelier. Elle s’appelle Nélie Jacquemart. Neuf ans plus tard, ils se marient et Nélie vient habiter l'hôtel du boulevard Haussmann.
Leur mariage avait été un mariage de raison, conclu entre deux êtres très différents, lui le protestant bonapartiste, elle la catholique vivant dans un milieu royaliste. Leur union s’était révélée très réussie et leur communauté d'esprit et de goûts fit de leur treize années de vie commune, des années de bonheur. Restés sans enfants, ils se consacrèrent entièrement à leur oeuvre commune : cette collection d’art.

 

La passion du couple pour les voyages

Voyageurs insatiables, c’est la santé fragile d’ Édouard qui arrêta l’élan du couple. Ainsi en 1888, un voyage prévu jusqu’à Moscou et Kiev, s’arrêta à Saint-Pétersbourg. En 1893, ils avaient même projeté d’aller jusqu’au Pôle Nord !

 

Le couple Jacquemart-André et les musées français

Même s’il est incontestable que les époux André ont un goût très sûr, ils se faisaient souvent conseiller par des historiens d’art et des conservateurs de musées tels que Louis Courajod et Eugène Müntz du Louvre ou Wilhelm von Bode, du musée de Berlin. Cela a de quoi étonner aujourd’hui. Mais en France, dans les années 1880-1890, les musées nationaux disposaient d’un budget annuel qui atteignait à peine 200 000 francs, de l’époque bien sûr. Le budget que les André consacraient à leur collection variait selon les années de 223 à 514 000 francs. Les conservateurs étaient alors heureux de s’associer aux entreprises des amateurs. Ceux-ci, de leur côté, les informaient de leurs projets. Ainsi, à la veille d’une vente, les André ont reçu une lettre d’Eugène Müntz : « Il vous appartient de suppléer à l’insuffisance des crédits de notre grand musée et de conquérir pour notre pays les deux bronzes de Donatello ».
Pour autant les André étaient très attentifs à ne pas nuire à la politique d’acquisition du Louvre à qui ils firent d’ailleurs de nombreux dons. Pour l’achat du « Syndic » de Van Dyck qui passe en vente à Paris alors qu’ils sont en voyage, ils écrivent à leur secrétaire de ne pas pousser les prix contre les musées français.

 

La collection de peintures italiennes

La collection de peintures italiennes comprend 82 oeuvres des XIVe et XVe siècles et une quinzaine du XVIe siècle. Les oeuvres florentines y sont majoritaires. Les sujets profanes et religieux présentent une majorité de Vierges à l’enfant. On sent qu’une curiosité érudite a présidé au rassemblement de ces oeuvres qui, très vite, ont intéressé les chercheurs. Déjà en 1889, l’historien Eugène Müntz écrivait aux André : « La renommée m’avait bien appris l’existence d’une série d’ouvrages de premier ordre dans l’hôtel du boulevard Haussmann, mais si j’avais pu deviner que vous étiez parvenus en si peu d’années à former un musée d’une telle richesse, je n’aurais pas eu la témérité d’écrire une histoire de l’art pendant la Renaissance sans vous avoir demandé au préalable la permission de jeter un coup d’oeil sur ces trésors. » Depuis, les recherches ont continué : sujets de tableaux identifiés, attributions nouvelles, rapprochements avec des oeuvres appartenant à d’autres musées.
Cette collection, qui est un bonheur pour les visiteurs, reste un champ d’études fécond pour les historiens d’art. Sa richesse exceptionnelle en fait la plus belle collection française après le Louvre.